PRÉPARER L’AVENIR AUTOUR DE DEUX PRIORITÉS

En synthèse : La France doit être à la hauteur des grands défis qui s’imposent à nous pour les décennies à venir.

Poursuivre la refondation de l’École de la République

Sécuriser la transition bac-3/bac+3

Favoriser la mixité sociale à l’école, en associant l’enseignement privé

Recruter 8 000 enseignants supplémentaires dans l’enseignement supérieur pour faire réussir les étudiants

Augmenter le budget de l’ANR sur cinq ans, soit 100 millions d’euros par an

 

Orienter les investissements européens vers la transition énergétique et proposer une taxe carbone européenne

Réduire la part du nucléaire à 50 % de notre production électrique et refuser le gaz de schiste

Supprimer progressivement les subventions nuisibles à l’environnement

Sortir progressivement du diesel, qui sera interdit en 2025

Favoriser l’agriculture durable

 

Il ne servirait à rien d’ôter aux générations qui viennent le poids de la dette publique, si nous ne prenions pas en charge simultanément les investissements nécessaires à la préparation de leur avenir. Les domaines dans lesquels la France doit faire porter l’effort sont, d’une part, l’éducation, l’enseignement supérieur et la recherche, et d’autre part la transition écologique. Notre pays aurait hélas un avenir bien sombre s’il ne se montrait pas à la hauteur de ses défis.

1.    Je veux investir dans l’éducation, la formation, la connaissance

L’éducation a été, conformément aux engagements pris devant les Français, une des grandes priorités du quinquennat qui s’achève. Avec conviction et avec fierté, j’ai pris ma part de ce redressement éducatif de la France, en faisant adopter par l’ensemble de la gauche la loi de refondation de l’École de la République.

Au cours des années qui viennent, la Nation devra poursuivre son effort en faveur de l’éducation et de la formation ; nous devons nous rassembler et nous mobiliser pour éviter qu’il soit remis en cause.

La priorité à l’éducation doit être maintenue dans la durée

Plus encore que d’autres politiques, l’éducation exige le temps long et la continuité si l’on veut obtenir des résultats plutôt que se contenter d’effets d’annonce. Les pays qui ont réussi leur choc PISA ont conduit leur politique avec continuité sur dix ans, souvent plus.

Les priorités établies ces dernières années doivent être clairement réaffirmées et traduites concrètement au cours du prochain quinquennat :

  • Amplifier le rééquilibrage des investissements en faveur du primaire, qui est moins doté.
  • Favoriser la mixité sociale à l’école: comment vivre ensemble si nous élevons séparément nos enfants ? Nous devrons élargir les secteurs de recrutement à plusieurs collèges et demander à l’enseignement privé, par contractualisation, de prendre sa part dans le développement de la mixité scolaire.
  • Donner plus à ceux qui ont moins : poursuivre la politique d’accueil des moins de trois ans, la mise en place du dispositif « plus de maîtres que de classes » et la réforme des dotations et des moyens de fonctionnement pour favoriser la réussite des établissements les plus en difficulté. Permettre aux équipes pédagogiques de ces établissements de mieux travailler dans la durée, avec plus d’autonomie et de reconnaissance.
  • Améliorer la formation initiale et continue des enseignants. Il faut s’assurer du bon fonctionnement des Écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE), du respect du cahier des charges. Je proposerai de mettre en place des pré-recrutements et des formations dès la première année universitaire avec de l’alternance, et de consacrer une part importante des nouveaux moyens à la formation continue des enseignants pour accompagner et réussir les réformes dans la durée.
  • Poursuivre le passage à l’école numérique, la lutte contre le décrochage, la revalorisation des carrières des personnels, tout particulièrement des débuts de carrière, la reconquête d’un meilleur temps scolaire en l’étalant davantage et en le repartissant mieux sur l’année.
  • Faire d’une meilleure orientation et du dialogue entre l’École et le monde économique et professionnel un outil de réduction des inégalités d’accès à l’emploi.

J’engagerai une deuxième étape de la refondation de l’École de la République autour d’une articulation nouvelle entre le lycée et le premier cycle du supérieur (Bac -3 / Bac +3), visant à sécuriser les parcours des élèves et leurs choix d’orientation.

Le prochain quinquennat doit s’attacher à faire de l’enseignement supérieur et de la recherche une priorité

Amphithéâtres bondés, taux d’échec encore trop importants, inégalités des moyens consacrés aux différents étudiants selon le type d’établissement dans lequel ils sont inscrits… ; en dépit d’efforts accomplis dernièrement, le paysage de notre enseignement supérieur nécessite une action vigoureuse, attendue par l’ensemble des personnels et des étudiants.

Un plan de rattrapage doit permettre de recruter 8 000 enseignants supplémentaires sur les cinq années du prochain mandat. Afin de renforcer les effectifs et de faciliter la mobilité des enseignants, pour réussir la transition Bac-3/Bac+3, l’affectation des professeurs agrégés dans le supérieur, la redéfinition de leurs missions et de leurs services, devront faire l’objet de discussions avec les organisations représentatives.

La revalorisation des carrières de l’enseignement supérieur et de la recherche doit être aussi inscrite à l’agenda de la négociation et programmée sur dix ans pour rendre les carrières à nouveau attractives.

Un nouvel élan doit être donné pour la réussite étudiante, qui mobilisera une partie des fonds nationaux supplémentaires et des fonds européens. Il doit se fixer pour objectif de rapprocher les financements alloués aux étudiants à l’Université et dans les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) sans affaiblir ces dernières ; de renforcer les dispositifs d’orientation, de développer les infrastructures (restauration, bibliothèque, équipements sportifs), les Maisons de l’étudiant et de lancer un plan santé étudiante.

Il doit s’accompagner d’un plan « Universités numériques » permettant la numérisation de tous les campus, la création de « learning centers » et un renforcement de l’aide aux MOOCS.

Le budget de la recherche a été maintenu en France depuis dix ans quand celui de l’Allemagne a augmenté de 75%. Si le financement de la recherche sur projet est le modèle développé dans l’ensemble des pays, ce modèle ne peut porter ses fruits qu’avec un financement de base des laboratoires qui soit soutenu et un budget de l’Agence nationale de la recherche (ANR) en augmentation permettant un pourcentage de projets financés suffisant.

C’est pourquoi je propose d’augmenter de manière continue et significative le budget de l’ANR sur cinq ans, soit 100 millions d’euros par an, et de garantir 70 % de ce budget à la recherche fondamentale, en réaffirmant l’importance de cette dernière pour la société. Il faudra continuer la simplification des appels à projet.

Mais je propose aussi de consacrer une partie importante des nouveaux budgets aux financements récurrents des laboratoires.

La question de l’emploi scientifique, et tout particulièrement de l’avenir des jeunes chercheurs, doit être prise à bras-le-corps. C’est pourquoi je propose un plan de recrutement de jeunes chercheurs, d’ingénieurs et de techniciens dans les établissements publics à caractère scientifiques et technologiques (EPST). Ce plan devra être de 800 postes annuels, soit 4000 postes sur cinq ans.

Le crédit d’impôt recherche (CIR) devra aussi être conditionné à l’embauche de jeunes docteurs. Un plan de revalorisation des carrières doit être engagé, tout particulièrement des débuts de carrière. Les discussions concernant la reconnaissance du doctorat dans les conventions collectives et dans la haute fonction publique doivent être relancées et conduites à terme.

10 milliards d’euros sont consacrés annuellement à l’innovation, mais la fragmentation des dispositifs, la multiplicité des objectifs et leur instabilité entraînent redondance, perte de visibilité et gaspillage de moyens. Le Commissariat général à l’investissement d’avenir (CGI), qui a géré les Programmes d’investissement d’avenir (PIA) depuis 2011, est devenu un véritable ministère bis, créant de nouvelles structures qui ne s’harmonisent pas toujours avec les objectifs du ministère de l’enseignement supérieur et la recherche.

C’est pourquoi je propose la réduction du nombre de dispositifs et la création d’un ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche de plein exercice ayant également en charge l’Innovation et la tutelle jointe du CGI. Le dispositif des initiatives d’excellences (IDEX) doit être placé, dans sa dimension scientifique, sous la responsabilité du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, et le plan de regroupements des Universités doit être conduit à son terme sans imposer le seul modèle de la fusion, sur la base du volontariat.

L’ensemble de ces mesures concernant l’enseignement supérieur et la recherche donnera lieu à une loi de programmation budgétaire qui sera votée dès la première année et dont le montant résultera de ces engagements. Il s’élèvera au moins à un milliard d’euros supplémentaires par an et permettra de répondre aux défis de l’avenir.

Il sera également nécessaire d’investir dans la culture, secteur d’avenir et symbole de l’excellence de notre pays. Il faudra donc harmoniser les différents moyens de soutien et de valorisation de la création culturelle, poursuivre le développement de l’éducation artistique et culturelle et encourager la diffusion de la francophonie. Les industries culturelles françaises devront aussi être accompagnées pour qu’elles puissent tirer parti des mutations liées au numérique.

La France peut et doit gagner la bataille de l’intelligence. Elle est le facteur le plus important de la compétitivité, de la croissance et de l’emploi de demain.

2.    Je veux réussir la transition énergétique et proposer un nouveau modèle de développement

L’année 2016 a été la plus chaude jamais enregistrée ; le changement climatique se vérifie partout dans le monde, avec des conséquences plus tragiques les unes que les autres : phénomènes météorologiques extrêmes, désertifications, montée des eaux, famines, érosion de la biodiversité, populations chassées de leur territoire…

Partout, les hommes, les femmes et les enfants les plus vulnérables sont les premières victimes des dégâts causés à l’environnement. Nul ne peut aujourd’hui prétendre sérieusement que notre modèle de développement n’y est pour rien, ni que nous ne pouvons rien y faire.

Et pourtant, les projets présentés par la droite et par l’extrême droite, ici comme ailleurs, ignorent totalement cet enjeu crucial. Si l’une ou l’autre accédait au pouvoir en France cette année, nous ferions assurément un pas de plus vers la catastrophe écologique. C’est pourquoi la gauche doit se rassembler autour de ce défi.

Je ferai de la transition écologique une priorité de mon quinquennat, et je m’engagerai pleinement afin d’accélérer cette transition, car il nous faut agir sans tarder.

En organisant la COP21, la France a montré qu’elle pouvait mettre l’avenir de la planète à l’ordre du jour de la communauté internationale. Mais nous aurions tort de nous reposer sur nos lauriers : si nous voulons vraiment limiter le réchauffement climatique à moins de 2 degrés, chaque pays devra aller 30 % plus loin que les engagements pris à Paris dans la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Cet effort exigera la mobilisation de tous, à la mesure des moyens de chacun.

Au-delà du défi climatique, la préservation de notre environnement, de notre santé et de notre qualité de vie suppose une transformation profonde de nos manières de produire, de consommer, de nous déplacer.

C’est cette transformation d’ensemble que je propose de porter.

Porter l’exigence écologique en Europe

Au lendemain de l’élection d’un président climato-sceptique à la tête des États-Unis, l’Europe doit plus que jamais jouer un rôle moteur dans la transition écologique mondiale. Je ferai entendre la voix de la France pour que toutes les politiques européennes prennent en compte l’impératif climatique.

L’effort d’investissement européen devra ainsi être orienté prioritairement vers la transition énergétique. De même, les normes environnementales devront être au cœur des négociations commerciales que l’Union européenne conduira avec ses interlocuteurs internationaux.

Je prendrai également appui sur la relance du couple franco-allemand pour lancer plusieurs initiatives politiques européennes nécessaires à la transition écologique.

Nous devrons nous engager dans la reconstruction d’un marché européen de l’électricité, indispensable pour que notre continent puisse bénéficier des complémentarités entre les atouts et entre les stratégies des différents États membres. La réduction des émissions de gaz à effet de serre ne pourra atteindre une ampleur satisfaisante que si elle est soutenue par la mise en place d’une taxe carbone européenne, dont la trajectoire, sur plusieurs années, sera susceptible d’orienter les investissements vers les solutions les plus économes en la matière. Je souhaite aussi que la taxe sur les transactions financières vienne abonder un fonds pour le développement durable.

Au-delà des mesures destinées à limiter le changement climatique, nous devrons aussi adapter certaines de nos politiques à la réalité de ce bouleversement. Il faudra notamment prévoir une solidarité européenne à l’égard des régions les plus durement touchées, en particulier par la montée des eaux.

Faire de la France un pays exemplaire

Si la lutte contre le changement climatique nécessite un effort mondial, chacun doit y prendre sa part, et notre pays ne doit pas manquer à l’appel. Il doit au contraire se montrer à la hauteur de ses responsabilités, notamment dans la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre.

Pour y parvenir, nous assurerons des financements renforcés pour la recherche liée aux questions environnementales, par des programmes nationaux et par la mobilisation des outils européens. L’attention devra porter en particulier sur les énergies renouvelables, sur le stockage de l’énergie, sur la capture du CO2, sur le véhicule propre, sur la biodiversité et sur les usages du numérique favorables à la réduction de notre impact environnemental.

Afin de diffuser le plus largement possible les compétences susceptibles d’accélérer la mutation écologique de notre pays, je proposerai d’engager un grand plan de formation initiale et continue dans les métiers de la transition écologique et de poursuivre l’adaptation continue de l’ensemble des formations professionnelles aux meilleures normes environnementales. Il s’agit également d’un outil essentiel pour ouvrir de nouvelles perspectives pour l’emploi.

La production électrique française émet aujourd’hui particulièrement peu de gaz à effet de serre, et notre pays s’est engagé, dans le cadre de la loi de transition écologique, à réduire la part du nucléaire à 50 % de la production d’électricité à l’horizon 2025. Je respecterai cet engagement et garantirai l’interdiction de l’exploration et de l’exploitation des gisements de gaz et de pétrole de schiste.

Contrairement aux pays dont la production d’énergie est fortement émettrice de carbone, près de 70 % de nos émissions proviennent des transports, de l’agriculture, du résidentiel et du tertiaire ; c’est donc sur ces secteurs que les efforts devront porter en priorité. L’État doit donner les incitations nécessaires au changement des comportements de chacun des acteurs.

Cela passe notamment par une fiscalité écologique. J’éliminerai progressivement l’ensemble des subventions publiques favorables aux activités nuisibles à l’environnement, dont la Cour des comptes vient de montrer qu’elles étaient aujourd’hui plus importantes que les incitations fiscales favorables à l’environnement (6,9 milliards d’euros contre 5 milliards).

En matière de transports, je préparerai notre pays à une sortie progressive du diesel, jusqu’à son interdiction en 2025.

Engager la transition écologique dans tous les territoires

Si toutes les régions, tous les quartiers, ne sont pas soumis aux mêmes pollutions, toutes nos vies sont menacées par le changement climatique, et chacun peut s’engager dans cette bataille, aussi bien, par exemple, en ville, par la réduction des déchets, qu’en zone rurale, par des pratiques d’agriculture qui protègent l’environnement.

Les Français les plus modestes sont aujourd’hui les premières victimes de la dégradation de l’environnement, alors même qu’ils n’en sont pas les premiers responsables. Pour corriger cette injustice, nous devrons veiller à ce que la fiscalité écologique pèse moins lourd sur les foyers défavorisés.

Alors que près de 4 millions de ménages sont aujourd’hui en situation de précarité énergétique, nous devrons impérativement donner la priorité à la rénovation thermique des bâtiments “passoires”, qui sont le plus souvent ceux des Français les plus pauvres, dans le parc locatif social ou dans des copropriétés dégradées. Cette dynamique devra être engagée en partenariat avec les collectivités locales, qui jouent d’ores et déjà un rôle essentiel dans la conception et dans la mise en œuvre des politiques environnementales.

Afin de soutenir et de coordonner leurs actions, j’organiserai chaque année une conférence nationale des territoires pour l’environnement. Ce sera l’occasion de partager nos stratégies de relocalisation des activités de production, de dynamiser l’économie circulaire au sein de chacune des régions de France, de développer des mobilités innovantes et sobres.

Qu’il s’agisse des grands choix nationaux ou des projets locaux d’aménagement, nous devrons approfondir le dialogue environnemental, qui ces dernières années a trop souvent été négligé, au prix de conflits durables et parfois violents. Enfin, les entreprises qui s’engagent dans des démarches de responsabilité sociale et environnementale doivent également être davantage reconnues et encouragées.

Favoriser un nouveau modèle agricole, alimentaire et rural.

Il faut répondre au désarroi de nos agriculteurs en les protégeant du dumping agricole par la reconnaissance d’une exception agricole dans le commerce mondial, en réintroduisant des outils de régulation du marché dans la PAC et en renforçant la position des agriculteurs face à la grande distribution.

Mais je veux aussi encourager les conversions vers l’agriculture biologique, dépasser les 20 % de « bio » dans les restaurations collectives publiques d’ici 2022, consolider la lutte contre le gaspillage alimentaire et soutenir les circuits d’approvisionnement locaux. Je refuse les cultures OGM sur le sol français et je souhaite que l’on durcisse la législation européenne sur les perturbateurs endocriniens et que l’on remplace progressivement les pesticides par des techniques naturelles de rotation des cultures et de restauration des zones de floraison sauvage. Il faudra poursuivre les efforts engagés sur la méthanisation et privilégier les méthodes agricoles qui permettent de stocker davantage de gaz carbonique dans les sols.

PROJET 2017