UNE STRATÉGIE EUROPÉENNE OFFENSIVE ET ASSUMÉE

En synthèse : Pour sortir de la crise que l’Europe traverse, je propose de relancer le moteur franco-allemand

Je propose un new deal européen : la France respectera ses engagements et proposera la création d’un budget de la zone euro pour soutenir l’activité et l’emploi

Un plan d’investissement européen de 1000 milliards d’euros pour préparer l’avenir

Défendre les normes sociales et environnementales dans les négociations commerciales internationales

Un corridor humanitaire entre l’Europe et les pays voisins de la Syrie

Assumer l’accueil des réfugiés

 

L’Europe traverse une crise sans précédent. Cette crise est politique, avec une progression  des nationalismes dans tous les États membres ; sécuritaire, avec la menace terroriste qui n’a jamais été aussi forte ; migratoire, avec une pression inédite sur nos frontières communes ; géopolitique, avec l’instabilité revenue à l’Est, avec l’annexion de la Crimée et la guerre en Ukraine, et au Sud, avec les guerres qui ravagent le Moyen-Orient ; enfin elle est économique et sociale, avec une croissance qui repart au sein de la zone euro mais qui reste trop faible et trop sourde aux inégalités comme aux besoins de protection des citoyens de l’Union face à la mondialisation.

Le danger qui pèse sur l’Europe n’est plus une hypothèse. Il est d’ores et déjà une réalité. L’année 2016 aura vu l’Union européenne se déconstruire avec la sortie du Royaume-Uni, se déchirer face à la crise des réfugiés au cours de laquelle des murs ont été dressés et des valeurs européennes fondamentales foulées du pied par certains États membres, s’interroger enfin sur son existence même avec la multiplication des appels aux référendums sur l’opportunité ou non de rester dans l’Europe. Notre génération est à l’heure des choix et l’année 2017 nous place devant une alternative claire : défaire l’Europe ou la reconstruire.

Après des décennies de paix, nous avions trop oublié que l’histoire est tragique. Ne dansons pas au bord du précipice comme des somnambules. Plus tard, il sera trop tard. Si nous n’agissons pas, si nous laissons la situation actuelle se prolonger sans sursaut, l’Europe se défera comme c’est le cas aujourd’hui. Et si l’Europe se défait, la France se défera aussi.

La situation actuelle est le résultat d’années de résignation et d’inertie au cours desquelles les responsables politiques de tous bords ont renoncé à faire l’Europe. La mise en place de la zone euro a privilégié la discipline budgétaire sans la doter d’instruments de solidarité de dimension suffisante. L’élargissement de 2004 n’a pas été accompagné d’un approfondissement de l’Union nécessaire à son bon fonctionnement. Les raisons du refus du référendum de 2005 sur le Traité constitutionnel n’ont pas été entendues par les dirigeants européens. La crise de la zone euro a été surmontée mais ses leçons sur la nécessité d’une véritable politique économique européenne n’ont pas encore été réellement tirées.

Si nous voulons un sursaut européen, il faut une nouvelle stratégie européenne pour la France en Europe. Ses objectifs devront être au cœur des débats de l’élection présidentielle. La méthode devra l’être aussi.

Je veux sortir de l’ambiguïté de notre politique européenne qui lui interdit toute ambition. Je me refuse aussi à jouer sur les peurs et à attiser les sentiments antiallemands, comme certains n’hésitent plus à le faire. Tout à l’inverse, je propose de relancer le moteur franco-allemand à la faveur des élections dans les deux pays et de construire ensemble un new deal européen.

1. Je propose un new deal européen

Le moment des campagnes électorales est celui de toutes les promesses. Le carnet de chèque est ouvert et on tire des créances sur l’avenir sans s’embarrasser de la moindre crédibilité. Pour ma part, en conformité avec le new deal européen que je propose et avec la relance européenne à partir de l’axe franco-allemand, je veux au contraire affirmer une stratégie de finances publiques sérieuse qui permette de lutter contre les déficits, de diminuer le poids de la dette et de respecter nos engagements.

De même que l’accumulation des déficits n’a pas permis, ces dernières décennies, de fortifier la croissance et de lutter contre l’accroissement des inégalités, on peut, dès lors que l’on se fixe clairement des priorités, assurer les investissements nécessaires à la croissance et garantir notre modèle social tout en respectant nos engagements européens. On peut mener une politique de gauche et de progrès social dans le cadre européen.

Je propose donc une stratégie de finances publiques claire : poursuivre la baisse de nos déficits et commencer une baisse des prélèvements obligatoires, rééquilibrée en faveur des ménages. Cette trajectoire vertueuse nous permettra de financer nos grandes priorités : la Justice et la sécurité, une économie au service de l’emploi, la bataille de l’intelligence (école, université, culture, recherche, innovation), la transition énergétique, les solidarités nécessaires entre les territoires, entre les générations et entre les citoyens. Elle permettra aussi de relancer l’Europe.

La stratégie adoptée depuis longtemps et que certains voudraient poursuivre consiste à négocier des assouplissements de la stratégie des finances publiques en contrepartie de réformes de structure. Elle est triplement perdante. D’abord parce qu’elle fait peser sur nos investissements, sur nos capacités de redistribution et sur les générations futures le poids de nos déficits accumulés. Ensuite parce qu’elle se monnaye contre des réformes punitives qui affaiblissent notre cohésion sociale, nos solidarités et nos protections. Enfin parce qu’elle entretient la défiance avec nos partenaires et ne permet pas un approfondissement de l’Europe et une véritable relance.

Je propose d’inverser cette logique et de briser cette machine à tuer l’idée européenne, en respectant les engagements européens et en cessant d’agiter le sabre de bois d’une renégociation des traités purement verbale et unilatérale. Mais je veux en même temps négocier, sur cette base, un nouvel engagement européen.

Un budget de la zone euro capable de soutenir l’activité et l’emploi, y compris en s’endettant à la place des États membres. Prévenir les crises est bien moins coûteux que de les résoudre. Les pays du Sud de l’Europe ne traverseraient pas une crise de cette ampleur si un tel dispositif avait été institué plus tôt. Ce budget financerait dans un premier temps un fonds de soutien à l’activité économique qui viendrait abonder les stratégies nationales pertinentes.

Un plan d’investissement de 1000 milliards pour préparer l’avenir. Le plan Juncker est un succès mais il ne peut être qu’une première étape. Si l’Europe veut rester le premier pôle économique mondial au XXIe siècle, elle doit s’y préparer et s’en donner les moyens. Nous ne pouvons pas continuer à avoir un déficit d’investissement dans les secteurs d’avenir par rapport à nos grands concurrents, comme les États-Unis. Je propose donc un plan d’investissement de 1000 milliards d’euros pour la transition énergétique, le numérique, les télécommunications, la recherche, l’innovation, la formation, la jeunesse.

Une harmonisation fiscale et la construction d’un pilier social. Il faudra poursuivre la lutte contre les paradis fiscaux, établir une liste des territoires non coopératifs, réglementer davantage les intermédiaires et les conseillers, protéger les lanceurs d’alerte, réglementer les sociétés-écran. Il faut progresser en matière d’harmonisation fiscale, en particulier pour ce qui concerne l’impôt sur les sociétés. Outre la révision de la directive détachement qui doit être reprise et conduite à son terme, il faut donner un contenu au pilier social avec des dispositifs contraignants par le développement de la garantie jeunesse, l’adoption d’une directive-cadre sur le travail décent, l’adaptation des normes sociales et de la protection sociale aux nouvelles formes de travail, tout particulièrement de l’économie numérique, et la mise en place d’un salaire minimum.

Je propose enfin deux principes d’action :

  • acter une pause dans le processus d’élargissement pour que l’Europe puisse se concentrer sur elle-même et retrouver le sens de son projet ;
  • être simple et pragmatique : si nous ne pouvons pas avancer à 27, nous avancerons avec ceux qui le souhaitent et en priorité au sein de la zone euro.

2.  Je veux une Europe qui joue son rôle dans le monde

Une Europe qui s’impose dans la concurrence internationale.

Le protectionnisme est une sirène malveillante. Je la refuse car elle nous prive de toute croissance possible dans le monde tel qu’il est. L’Europe doit cependant mieux se défendre et défendre ce qu’elle est, une puissance reposant sur le respect absolu du droit. Or, aujourd’hui, cela se retourne contre elle-même. Elle se prive de recourir aux mesures de défense commerciale et, face aux effets délétères du dumping, n’utilise pas toutes les possibilités qui sont les siennes dans le cadre de l’OMC. Il faut mettre un terme à ces pratiques qui conduisent l’Union à jouer contre elle-même, en utilisant systématiquement et strictement les mesures de défense commerciale qui sont à sa disposition.

Il faut également changer de méthode dans les négociations commerciales internationales. Les débats sur le traité de libre-échange avec les États-Unis (TAFTA), désormais écarté, ont montré les limites du système actuel. Je veux que dans les négociations commerciales l’Europe se donne pour priorité la défense des normes sociales, environnementales et des droits de propriété intellectuelle qu’elle s’applique à elle-même, au même niveau que la baisse des droits de douane et l’ouverture des marchés.

Une Europe qui protège face au terrorisme

L’Europe est confrontée à une menace terroriste sans précédent dans son histoire. Cette menace vient de l’extérieur de ses frontières, là où Daech a établi ses sanctuaires, en Irak et en Syrie, et de l’intérieur de son territoire, car des terroristes européens vont se former sur les terrains de guerre pour commettre ensuite des attentats en Europe. L’Union européenne doit être l’Union de la sécurité pour ses citoyens.

Elle doit donc renforcer ses frontières externes physiques. Il serait totalement illusoire de penser que le renforcement de nos frontières nationales sera suffisant pour nous protéger si l’Europe n’assume pas ses responsabilités. Il faut que les contrôles systématiques à toutes les frontières extérieures et sur toutes les personnes entrant dans l’espace Schengen, y compris les Européens, soient garantis.

Il faut également se donner, au niveau européen, les moyens informatiques de sécurisation des frontières qui sont aujourd’hui insuffisants et garantir le partage systématique des fichiers entre les États membres.

Il faut enfin renforcer la lutte contre le financement du terrorisme et tous les trafics qui l’alimentent, par la mise en œuvre rapide d’un plan contre les trafics des armes à feu et des explosifs, le recul de l’anonymat des paiements pour traquer ceux qui fournissent aux terroristes un appui logistique, et la définition au niveau européen d’une stratégie de lutte active contre la radicalisation sur Internet.

3. Je veux une Europe qui soit à la hauteur pour répondre à la crise migratoire

Se protéger, ce n’est pas s’enfermer, se replier. Se protéger, c’est assumer ce que l’on est avec maîtrise et responsabilité. En construisant des murs, nous n’empêcherons pas ceux qui sont désespérés de venir frapper à nos portes. Nous y perdrons notre âme sans rien empêcher de l’afflux constaté au cours des dernières années. La crise des réfugiés et des migrants met en question l’unité même et les valeurs fondamentales de l’Europe.

Face à l’arrivée des réfugiés syriens qui fuyaient la mort dans leur pays, l’Europe a érigé des barbelés. Elle a apporté une réponse tardive et partielle avec la relocalisation d’une partie des réfugiés arrivés en Grèce et en Italie et la mise en place – avec des moyens très insuffisants – de « centres de tri » pour distinguer ceux qui relevaient du droit d’asile et ceux qui étaient des migrants économiques. Elle n’a pas su adopter une position commune vis-à-vis de la Turquie, laissant l’Allemagne seule et contrainte de négocier avec elle un accord discutable.

Les résultats des déchirures de l’Europe sur cette crise sont catastrophiques : l’Union européenne n’a pas été capable de s’entendre sur l’accueil de réfugiés représentant moins de 0,5 % de sa population, elle a laissé des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants se noyer à ses frontières, et elle n’a pas pour autant donné à ses citoyens le sentiment de maîtriser les mouvements migratoires auxquels elle est confrontée. Nous devons nous ressaisir.

Il faut donner à l’Europe la capacité de maîtriser les flux migratoires par la mise en place rapide d’un corps européen de garde-frontières et une plus grande mobilisation des moyens des États membres pour lutter contre les réseaux criminels de passeurs.

Je propose également la mise en place d’un corridor humanitaire permettant d’accueillir directement les réfugiés depuis les pays voisins de la Syrie (Liban, Jordanie, Turquie). Cette solution est meilleure sur le plan humanitaire, car elle permet d’éviter les traversées mortelles, comme sur le plan sécuritaire, car les contrôles sont effectués avant l’entrée sur le territoire européen. Elle permet en outre de cesser d’alimenter par notre inaction les réseaux de passeurs, qui sont aujourd’hui le seul recours des réfugiés pour se sauver.

Le droit d’asile fait partie des valeurs européennes les plus fondamentales. Nous ne pouvons pas y renoncer sans nous renier nous-mêmes. La France doit prendre ses responsabilités : elle avait annoncé l’accueil de 30 000 réfugiés d’ici 2017, nous n’y sommes pas, alors même que nous ne sommes pas confrontés à la même pression migratoire que plusieurs de nos voisins.

Nous avons besoin d’une véritable politique européenne de l’asile. Le système actuel a démontré son inefficacité, il faut le modifier en mettant en place des directives communes sur l’accueil, l’éducation et l’accès au marché du travail. Il faut aussi engager une réflexion sur le refus d’un pays européen de prendre part à l’accueil en cas d’afflux massif : l’Europe rappelle à leurs devoirs les États sur le plan économique et financier, elle ne peut pas rester silencieuse quand des États membres refusent de prendre part à un effort de solidarité aussi important pour le socle de nos valeurs communes.

Je propose enfin la mise en place d’un instrument financier dédié à la crise migratoire qui permettra d’appuyer les États membres confrontés à des arrivées massives, de soutenir les politiques d’accueil et d’intégration partout sur le territoire européen, et d’agir beaucoup plus massivement que nous ne le faisons aujourd’hui sur les zones de transit.

PROJET 2017