Presse régionale : Vincent Peillon : « Je peux rassembler la gauche »

Interview de Vincent Peillon le 9 janvier 2017 dans Le Dauphiné libéré, Vaucluse matin, L’Est républicain, Vosges Matin, Le Journal de la Haute-Marne, Dernières Nouvelles d’Alsace, Le Républicain lorrain, Le Progrès, L’Alsace, Le Journal de Saône-et-Loire, Le Bien public.

Croyez-vous une union de toute la gauche encore possible?

Il ne s’agit pas de croire mais de faire. Nous le devons. Sinon cela veut dire que nous nous résignons à la défaite, à ce que la France soit gouvernée par une droite, celle de François Fillon, qui sur les services publics, la santé, les impôts propose des bénéfices pour quelques uns et des sacrifices pour tous les autres, et à ce que l’extrême droite soit au second tour de la présidentielle. L’union est vitale pour la gauche et si je me présente, c’est parce que ma candidature peut fédérer toute la gauche, dans la primaire et au-delà.

Irez vous voir Emmanuel Macron, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon si vous gagnez la primaire?

Non seulement je leur parlerai mais je leur proposerai le moyen de réaliser un rassemblement large et respectueux pour gouverner autrement la France. Je propose une réforme constitutionnelle qui instaurera la proportionnelle aux législatives, instituera le mandant unique, transformera le sénat et obligera à construire un contrat de gouvernement. Je veux aussi que le Parquet soit enfin indépendant.

Vous ne vous reconnaissez pas dans la loi travail?

Dans la méthode du 49-3 certainement pas. Sur le fond, je garde la garantie-jeunes, le compte personnel d’activité, le droit à la déconnexion. Mais il faut revenir à la hiérarchie des normes : l’accord d’entreprise ne doit être possible que s’il améliore l’accord de branche. Il faut aussi revoir avec les syndicats certains points sur les licenciements ou les indemnités. Enfin, il est urgent de créer des protections nouvelles pour répondre à un monde du travail en mutation.

Que proposez-vous pour relancer l’économie et l’emploi?

Je regrette que l’on ait fait 40 milliards de baisses de charges et d’impôts pour les entreprises sans contreparties. Monsieur Gattaz avait promis un million d’emplois. Ou sont-ils ? Je veux conserver ces allègements mais en demandant des contreparties en termes d’emploi et en les recentrant sur les PME/PMI et le soutien à l’exportation. Par exemple je baisserai l’impôt sur les sociétés des PME PMI à 15% pour les cent premier mile euros de bénéfices. Il faut aussi un grand plan de relance européen pour financer la transition énergétique, les industries, les infrastructures et un investissement massif sur l’école et la formation.

Les ménages ont supporté un gros effort fiscal depuis cinq ans?

Je propose un bouclier fiscal pour les plus modestes. On ne les a pas assez protégés d’impôts qui ont augmenté comme la taxe d’habitation : elle représente 42 % du salaire mensuel d’une personne au SMIC. Avec un plafond à 20 %, on rétablit un peu de justice, et on redistribue du pouvoir d’achat. Cette mesure concernera quinze millions de foyers fiscaux.

Pourquoi ne souhaitez-vous pas la création d’un revenu universel?

On n’incite pas les gens à travailler avec de telles mesures. Un emploi, c’est un revenu mais c’est aussi un sentiment d’utilité, une intégration sociale. Si nous créons ce revenu universel, nous isolons des personnes dans leurs difficultés, nous les éloignons du retour à l’emploi. Je rappelle que dans le RMI ou le RSA, ce qui ne fonctionne pas c’est l’insertion. Je préfère tout faire pour ramener dans l’emploi. Je veux une solidarité qui inclut, pas qui exclut.

Vous aviez été recadré par Jean-Marc Ayrault pour avoir évoqué la légalisation du cannabis.

Je n’ai jamais pris position pour la légalisation. J’ai dit et je redis que le sujet ne doit pas être tabou, qu’il doit être débattu pour des questions de sécurité et de santé publique. Du débat peut naître une solution intelligente.

Vous mettez en avant la reconstruction européenne autour du couple franco-allemand?

L’Europe vit un moment dramatique. Les Britanniques la quittent, les nationalismes montent, la croissance est moindre qu’ailleurs. La politique de relance, je la réclame depuis que j’ai voté non au traité constitutionnel en 2005. Pour cela, le couple franco- allemand, sans lequel rien n’est possible, doit surmonter ses défiances réciproques : la France doit respecter ses engagements budgétaires et en contrepartie l’Allemagne doit impulser avec nous une forte politique d’investissement. Je propose un budget européen et le triplement du plan Junker en le portant à 1000 milliards. Il faudra aussi avancer sur le pilier social, la défense commune…

En quoi êtes-vous différent de vos rivaux à cette primaire?

Pour tout ce que je viens de vous dire. Mon projet est à la fois le plus audacieux et le plus rigoureux. J’ai pour moi la constance en plus de la capacité à rassembler autour d’un projet. Je reste sur les lignes qui sont les miennes depuis toujours. Le mandat unique, la morale laïque, les taxations de l’argent placé dans les paradis fiscaux, la fusion de la CSG et de l’impôt sur le revenu : je porte ces idées depuis17 ans. Ni posture qui condamnerait la gauche à l’opposition ou à la trahison, ni brutalité.